- Jusqu'à présent j'ai observé chez nous bien moins de séparations que chez vous ou chez les juifs.
- Mais un mariage sans la bénédiction du prêtre ne peut être sanctionné par Dieu, murmura Sabadil.
- Tu parles selon tes opinions, dit Mardona avec une grande douceur. Nous simplifions les devoirs du mariage, son accomplissement et sa nullité, pour punir beaucoup plus sévèrement toutes les contraventions qui peuvent lui porter préjudice.
- Dans ce cas, pourquoi accuse-t-on vos femmes de légèreté et de vanité?
- Elles ne sont pas autrement que le reste des femmes, répondit Mardona, toujours calme, digne et bonne. La femme aime les plaisirs, les divertissements, le changement. Au lieu d'agir contre la nature, ce qui irrite inutilement ses penchants, nous lui accordons tout ce qu'elle aime, la parure, la danse, les amusements, mais seulement alors qu'elle a terminé sa tâche journalière. Et, vois-tu, c'est pour cela que toutes nos femmes sont si actives, si laborieuses. De grand matin, avant le jour, elles se lèvent et mettent tout en ordre dans la maison. Lorsque, durant le jour, elles aiment à se parer, à se promener et à se divertir, il me semble qu'elles en ont parfaitement le droit.
- Etrange! murmura Sabadil. Quels singuliers usages!
- Plus tu connaîtras notre secte, ajouta Mardona, plus tu te heurteras à des choses qui t'étonneront. »
CHAPITRE V
Une autre fois, Sabadil était assis chez les Ossipowitch, dans la grande chambre. Il écoutait Jehorig jouer des cymbales. Le vieux Nilko était en train de nettoyer sa pipe. Anastasie reprisait des bas, penchée sur son ouvrage et soupirant très fort, et Anuschka brodait une chemise pour sa soeur. Celle-ci était absente.
Bientôt arriva un homme qui attira immédiatement l'attention de Sabadil, ou, pour mieux dire, il n'arriva pas. Il se contenta de passer son nez, un long nez pointu, par la fente de la porte; ce nez fut suivi de sa tête: un crâne chauve, un visage aux yeux clignotants, et des oreilles ornées d'épais anneaux en argent.