Toujours pas de réponse.

«As-tu du chagrin? continua Sabadil; pourquoi as-tu l'air triste? Qui donc t'attire dans cette solitude?

- Je fuis les hommes. Je viens ici chercher la béatitude, répondit la jeune fille. Je trouve ici la présence de Dieu. »

Une flamme passa dans les yeux bleus de l'étrangère, comme elle disait ces mots.

« Par ma foi, tu as raison, dit Sabadil; on est mieux ici qu'à l'église. Moi, j'aime mieux le chant des oiseaux que les sermons du prêtre, et je préfère le parfum des fleurs à l'encens des églises.

- Tu as raison! oh oui! tu as raison, s'écria l'étrangère d'un ton vif, presque joyeux.

- Tu as quelque chose de singulier, dit Sabadil en l'examinant avec attention. Je ne puis imaginer que tu sois comme les filles du village, et que tu danses avec les garçons, sous les ormeaux, le dimanche. Non, vraiment, il ne me paraît pas possible qu'on te prenne par la taille pour te faire danser, et pourtant… oui, pourtant, comme tu es parée… et comme tu es belle! Par Dieu! tu es bien la plus belle femme que j'aie vue!»

Sabadil passa son bras autour des épaules de la jeune fille; mais celle-ci se dégagea avec une telle douceur, une si grande dignité et une figure si sérieuse, que le jeune paysan n'osa renouveler ses caresses. Il recula de deux pas, très confus.

« Tu es peut-être mariée? » dit-il au bout d'un instant, d'une voix très faible.

Elle secoua la tête avec un sourire imperceptible. Lui la considéra longuement. Quelle belle fille c'était! Et non seulement elle était belle, mais encore elle avait une grande distinction et quelque chose de majestueux et d'imposant, bien qu'elle ne portât point haut la tête; au contraire, elle la baissait humblement et avec une chasteté naïve. Non, sûrement, ce ne pouvait être une paysanne! Sabadil, tout d'un coup, se sentit envahi par une grande gêne, quoiqu'il ne fût guère timide.