« On ne te prendrait pas pour une paysanne, à te voir, reprit-il.

- Je suis peut-être comtesse, répondit-elle avec calme.

- Non, tu es une sainte! »

Elle ne répliqua rien, mais un sourire ironique passa sur ses lèvres roses.

« Quelles belles fleurs! dit-elle tout à coup, et comme elles embaument! Que disais-tu donc tout à l'heure? Comme elles sont plus odoriférantes que l'encens! »

Un regard suffit à Sabadil. Il comprit qu'elle désirait un bouquet de ces fleurs. Sans perdre un instant, il se mit à l'oeuvre et rassembla une gerbe énorme et parfumée, qu'il tendit à sa compagne. Lorsqu'elle la prit, Sabadil remarqua ses mains, qui étaient fines et blanches. Sûrement ces mains-là n'avaient même jamais tenu d'aiguille.

« Vois ces fleurs, reprit l'étrangère, elles sont l'image du vice. Comme lui, elles sont séduisantes, et belles, et nuisibles. Quel parfum suave! Et si nous les laissons près de nous, durant notre sommeil, elles nous rendent malades. Oui, elles vont jusqu'à tuer par leur odeur exquise? Sabadil, je te crois un enfant du monde, sans souci de ton salut éternel. Le péché flatte tes sens, menace ton âme de perdition! »

Ses beaux yeux bleus étaient arrêtés sur Sabadil, pénétrants et sévères.

« Es-tu fille d'un prêtre?» demanda le jeune homme en riant, non sans ironie.

L'étrangère secoua la tête et soupira. Ils avaient atteint un endroit marécageux, plein d'eau et de grandes herbes. La jeune fille regarda autour d'elle.