Elle tourbillonnait dans la cuisine avec une telle colère, que ses jupons amidonnés bruissaient comme des feuilles fouettées par l'orage.
« Tiens! je crois que je vais te rosser d'importance, hypocrite! »
Elle courut à la porte et en poussa les verrous; mais Sukalou, avec une agilité inconcevable, ouvrit la croisée, l'escalada, sauta dans le jardin, et s'enfuit à travers champs, comme un lièvre harcelé par des chiens.
CHAPITRE IX
Le soir tombait. Sabadil se rendit chez Mardona. Elle l'avait mandé auprès d'elle. Sabadil conduisit son cheval à l'écurie, traversa la cour et frappa à la porte de la Mère de Dieu. Il entra dans la chambre, Mardona n'était pas seule. Elle était assise dans un grand fauteuil, près de son lit, que recouvrait une cotonnade à grosses fleurs. Barabasch, établi non loin d'elle, rongeait ses ongles d'un air maussade.
Tout, clans la demeure de Mardona, respirait un confort et un luxe rares dans les habitations des paysans galiciens. Les dalles étaient recouvertes de jolis et moelleux tapis; on se mirait dans les armoires et les tables en noyer poli; le sofa et les chaises étaient recouverts d'une étoffe en laine très soyeuse. A la muraille était accroché un immense miroir dans un cadre doré. Des tableaux garnissaient la pièce. De longs rideaux souples voilaient à demi les croisées. Les fenêtres étaient garnies de fleurs; un petit canari dormait la tête sous son aile, perché dans sa cage de laiton. Devant le lit de la Mère de Dieu on avait étendu une grande peau de loup. C'est là qu'elle appuyait ses pieds lorsque Sabadil entra.
« Laisse-nous, Barabasch, ordonna Mardona sans un geste.
- Pourquoi m'en irais-je? répondit le paysan d'un ton aigre.
- Tu n'as pas de questions à m'adresser, dit Mardona, très calme; tu as à obéir à mes ordres. Allons, va! »
Barabasch jeta sur Sabadil un regard venimeux et se dirigea lentement vers la porte.