« Je suis perdu dans ce monde sans toi! cria-t-il. Tu es mon ciel et mon enfer!
- Crois-tu que Dieu m'a élue? demanda Mardona d'une voix extrêmement douce tandis qu'elle le regardait fixement de ses deux grands yeux brûlant d'enthousiasme. Sens-tu maintenant que tu n'es rien sans moi? que tu as besoin de mon intercession auprès de Dieu?
- Oui, je le sens.
- Eh bien, à genoux! s'écria Mardona, et prie. »
Lorsqu'elle vit Sabadil étendu devant elle, la face contre terre, un fier sourire illumina le visage de Mardona, de ses yeux brillants à ses lèvres mi-closes.
CHAPITRE X
Le dimanche suivant, Sabadil parut pour la première fois à l'église des Duchobarzen, pour assister aux cérémonies de leur culte. Dans la maison de Mardona se trouvait une immense salle très simple. C'est là que l'assemblée se réunissait le dimanche. Il y avait bien à peu près deux cents personnes. On remarquait, mêlés aux costumes clairs et bariolés des paysans, deux juifs polonais revêtus de leur talar de soie noire. Les hommes se tenaient à gauche de l'autel, les femmes à droite. Tous étaient en habits de fête. Vis-à-vis de l'autel se trouvait une table, où l'on avait posé le pain et le sel.
Tandis que tous s'entretenaient à voix basse, Sukalou, comme en extase, les yeux levés au ciel, murmurait une prière. Il sentit bien tout à coup que quelqu'un le tirait par sa manche, mais il ne se retourna pas.
« Sukalou! murmura une voix caressante à son oreille.»
Il se mit à prier avec plus de ferveur et ne prêta pas attention. On le tira de nouveau par sa manche, plus fort.