« Ecoute-moi donc!

- Laisse-moi prier », dit Sukalou sans daigner jeter un regard à Wewa, qui se tenait derrière lui.

Celle-ci, furieuse, lui donna un coup de poing dans le dos et s'éloigna rapidement.

Lorsque Mardona entra, vêtue de son costume de cérémonie, l'assemblée entière tomba à genoux. La Mère de Dieu bénit les assistants et s'assit, avec une grande dignité, devant la table où se trouvaient le pain et le sel. Sabadil se tenait à ses côtés. Elle le lui avait ordonné.

« Si quelque chose te surprend ou t'embarrasse, lui avait-elle dit, interroge-moi.

- Permets-moi de te dire, en ce cas, répondit Sabadil, l'étonnement que me cause dans ce saint lieu la présence de ces deux juifs.

- Tout homme, qu'il soit juif, ou chrétien, ou musulman, ou même païen, peut prendre part à notre service divin, repartit Mardona. Ce n'est pas la présence de l'homme qui souille un temple, ce sont ses mauvaises actions. »

Un des Duchobarzen s'avança et entonna le psaume: « C'est ainsi que parle notre souverain le Dieu d'Israël ». Le reste de l'assemblée s'unit en choeur à sa voix et répéta l'hymne. Lorsque le chant fut terminé, un des vieillards se leva et alla prendre par la main le doyen de l'assemblée. Ce fut touchant de voir comme ces deux patriarches s'inclinèrent devant les assistants, se donnèrent le baiser de paix et se saluèrent humblement. Un troisième membre s'approcha, salua et embrassa ses deux compagnons, de même qu'ils l'avaient fait, précédemment. Tous les assistants suivirent leur exemple, l'un après l'autre, les hommes les premiers, puis les femmes.

« Que signifie cette cérémonie? demanda Sabadil.

- Elle signifie, dit la Mère de Dieu, ce que je t'ai déjà enseigné une fois, que l'homme doit vénérer son prochain, qui représente Dieu sur la terre. »