- Et Sofia?
- Elle ne m'accusera pas.
- Où donc as-tu pris ces yeux-là? » s'écria Zomiofalski.
Il étendit la main, dans l'intention de saisir Mardona au menton; mais, au regard dont elle le perça, il recula, pour la première fois de sa vie peut-être.
«Tu es une sorcière! s'écria-t-il. On devrait te noyer. Tu corromps un honnête homme!
- Comment oserais-je, demanda Mardona, et par quel moyen?
- Par ton regard, avec tes yeux, belle sainte, dit Zomiofalski à voix basse. Tu te rends maîtresse de tes ennemis, et tu fais ce que tu veux de ton juge. »
Il prit la main de Mardona et la baisa à plusieurs reprises avec transport.
Mardona baissa ses paupières et sourit doucement.
Lorsque l'humble traîneau qui ramenait la Mère de Dieu, plus fière qu'un vainqueur romain, rasa dans sa course les premières maisons de Fargowiza-polna, un homme parut dans un chemin de traverse, se mit à courir après le traîneau, et cria si fort, que le juif arrêta ses chevaux. C'était Sabadil. Il était venu là, attendre sa bien-aimée, le coeur serré; et, maintenant qu'il la retrouvait saine et sauve, il était si joyeux et si ému, qu'il se sentait incapable de lui parler et de lui adresser des questions. Et aussi, à quoi bon? Il savait qu'elle était sauvée. Ne le voyait-il pas à son visage radieux? Et elle, ne le lui laissait-elle pas sentir par mille petites faveurs, tandis qu'ils étaient assis l'un près de l'autre? Mardona était gaie. Elle riait comme une enfant. Elle eût voulu égayer tout le monde, avant tout Sabadil, puisqu'elle l'aimait de toute son âme.