—Avant tout, je désire savoir ce que vous vouliez de ma fidèle Babette et pourquoi vous lui avez offert de l'argent.
—Je l'ai priée, répondit loyalement et simplement le jeune homme, de me donner la pantoufle de Sapho et, comme elle me la refusait et cherchait à me l'arracher, je lui ai offert ...
Il se tut en baissant les yeux.
—Une poignée d'or pour une vieille pantoufle? railla la Schrœder, tandis qu'un charmant sourire éclairait son austère visage. Mais où donc est ce précieux objet? Je suis lasse et en ai besoin pour me reposer ...
—Oserais-je vous prier de me laisser gracieusement ce que M^lle Babette m'a si impitoyablement refusé?
—Quelle valeur attribuez-vous donc à cette pantoufle? questionna la tragédienne, s'égayant de plus en plus.
—Je ne puis vous dire cela ici ...
—Suivez-moi donc au salon, dit Sophie, qui commençait à s'amuser royalement de la situation. Là, vous me donnerez l'explication de votre singulier désir.
Elle passa devant, avec l'allure d'une souveraine, et il suivit docilement, comme un enfant ou un fol amoureux. La Schrœder alluma les bougies d'un candélabre en argent qui se trouvait, sur une console dorée, devant un trumeau, et se laissa choir, avec cette majesté qui sied mieux aux femmes opulentes que la grâce aux maigres, sur le canapé, et indiqua un siège à son hôte, d'un geste plein de noblesse.
—Vous vous nommez?...