—Pardonnez-moi, je ne puis faire autrement. Ce n'est point un enivrement de mes sens, un aveuglement de mon esprit, je dois vous aimer comme je dois respirer ... pour vivre.

Cette fois, la Schrœder baissa son regard altier.

—Monsieur, je serai sincère: l'intérêt que vous me portez a cessé, depuis longtemps, d'être un mystère pour moi. Vous l'avez exprimé si souvent, d'une manière aussi chevaleresque que délicate, mais je n'y voyais qu'un hommage à la tragédienne ...

—C'est plus, beaucoup plus, c'est tout ce qu'un cœur d'homme peut éprouver pour une femme ...

—Nous parlions de ma pantoufle, interrompit la jeune femme.

—Oui ... c'est vrai ... en effet. Écoutez-moi donc. J'étais rempli d'admiration pour vous, je vous adorais, vous seule. Vint la soirée d'aujourd'hui. Je vous vis dans votre nouveau rôle et fus saisi d'un enthousiasme, d'un saint délire, qui me poussa à enfreindre toutes les règles des convenances et à déposer à vos pieds une couronne de lauriers, en vous dérobant, en échange, un objet quelconque qui vous eût servi, et si ce n'était qu'un ruban. J'aperçus votre pantoufle ...

—Vous avez pénétré dans ma chambre à coucher? interrompit l'actrice en fronçant les sourcils.

—Pardonnez-moi, supplia le jeune homme.

En prononçant ces mots, son regard avait une expression si enfantine, si sincère, sa main s'empara de celle de l'actrice avec une passion si convaincue, qu'elle ne se sentit pas le cœur de lui garder rancune.

—Je vous pardonne, dit-elle.