—Et ... vous me permettez de vous dire ... que je vous aime ...

—Non, pas cela.

—Vous me condamnez au silence?

—Je vous y condamne.

—Vous êtes cruelle.

—C'est la première fois qu'on me dit cela. Cruelle est la femme qui attire en souriant un homme dans ses filets pour, ensuite, s'en moquer et s'amuser de son tourment. Je ne suis pas une coquette, Monsieur, et l'on n'a jamais pu se plaindre que de ma franchise et de ma loyauté. Ne pas entretenir une vaine espérance, n'est pas cruel mais honnête.

—Je sais, Madame, que vous possédez cette loyauté de caractère, si rare dans le monde du théâtre, et je sais aussi que vous êtes vertueuse.

—Oui et non, repartit l'actrice avec un sourire. Selon moi, la vertu ne consiste pas dans les principes, mais uniquement dans l'amour. Une femme qui, par amour du lucre et du luxe, accorde sa main à un homme qu'elle n'aime point, n'est pas moins vicieuse que Phryné qui vend ses faveurs. Le calcul est aussi répugnant que le dévergondage. En revanche, une jeune femme qui aime sincèrement, est toujours vertueuse, qu'elle offre ses lèvres roses au baiser dans une chambre nuptiale somptueusement décorée, ou sous les tilleuls et sur la bruyère, ainsi que chante le poète d'amour, Walther de la Vogelweide.

—Je vous comprends.

—Me comprenez-vous tout à fait?