Sergitsch s'éloigna et Dragomira rentra dans la maison. Elle ferma la porte de la chambre où gisait la morte, prit la clef, s'étendit sur un divan dans l'antichambre, se couvrit de son manteau et s'endormit. Elle reposa paisiblement, immobile elle-même comme une morte, avec l'innocent sourire d'un enfant, jusqu'au matin, jusqu'au moment où le soleil apparut, clair et chaud. Alors une voiture arriva, et Sergitsch en descendit.

Il venait afin de prendre possession de la maison et du bien au nom de la confrérie dont il était président. Peu de temps après lui arrivèrent quatre des frères avec un cercueil. Le danger de la contagion fournit un prétexte commode pour éloigner toute autre personne. Dragomira mit la morte dans la bière qui fut aussitôt fermée. Sergitsch se rendit ensuite chez le directeur de la localité et chez le prêtre. Grâce à son éloquence sonnante, Sergitsch, "eu égard au caractère de la maladie qui avait emporté Mme Samaky", obtint l'autorisation de l'enterrer le soir même.

Quand tout fut terminé, Sergitsch revint à la maison de la morte et rentra dans sa chambre avec Dragomira.

"Je vous prie de rester encore ici, noble demoiselle, dit-il. Vous aurez encore à faire dans le voisinage, peut-être cette nuit même.

- De quoi s'agit-il?

- Vous avez vu le jeune gentilhomme que la juive a pris dans ses filets?

- Pikturno?

- Oui, cette nuit-ci ou la nuit prochaine, il aura un rendez-vous dans le cabaret qui se trouve sur la route, à moitié chemin de Kiew.

- Serons-nous là en sûreté?

- Tout à fait en sûreté.