- J'attendrai donc ici votre message.
- Parfaitement. La maison nous appartient désormais, continua-t-il, vous êtes ici la maîtresse; je vais signifier aux gens de service qu'ils sont à vos ordres et qu'ils doivent vous obéir en tout.
- Mais je ne peux pourtant pas dans ce costume?…
- On y a pensé. Vous devez continuer ici à jouer votre rôle; mais dans le cabaret de là-bas, vous trouverez tout ce dont vous avez besoin pour changer d'habillement.
- Bien.
- Je vous laisse maintenant. L'apôtre sera content de vous. Que le ciel vous bénisse!" dit Sergitsch en terminant; puis il remonta en voiture et partit.
Dragomira resta seule dans cette maison silencieuse, solitaire, sinistre. Les gens de service étaient réunis dans le fournil qui se trouvait de l'autre côté de la cour. De temps en temps le vent apportait un murmure de prières et de chants funèbres. Au dehors il faisait noir; quelques rares étoiles se montraient dans le ciel couvert d'épais nuages blanchâtres. Puis, quelques légers flocons tombèrent sur le sol, et tout d'un coup la neige se mit à tourbillonner autour de la maison et du jardin.
Dragomira allait et venait, les bras croisés sur sa poitrine. Elle était disposée à quelque chose de méchant, de cruel. Au moindre bruit qui se faisait entendre, elle espérait voir arriver le messager qui devait l'appeler au cabaret. Elle aspirait au mouvement, à l'action, au combat; la solitude et l'isolement lui devenaient insupportables.
A plusieurs reprises, elle crut entendre la bruyante et lourde respiration, le râle de la malade; puis sur le mur apparaissait une ombre qui semblait la menacer.
Elle finit par sortir dans la cour, appela le vieux cocher et demanda un cheval. Le vieillard, tout courbé par l'âge, la regarda avec étonnement. Il n'avait évidemment pas idée d'une infirmière allant à cheval, et encore allant à cheval par un si mauvais temps et à une pareille heure. Cependant, comme Dragomira réitérait son ordre, il obéit.