L'infirmière était devenue une belle et audacieuse amazone,
On entendit des pas dans la chambre à côté, puis la voix du jeune gentilhomme, et de petits rires étouffés. Dragomira éteignit sa bougie, s'approcha de la porte sur la pointe des pieds et appliqua son oeil à la fente.
Elle voyait d'un coup d'oeil la petite salle presque tout entière. Cette salle avait deux issues, l'une conduisant dans la chambre où elle se trouvait elle-même, l'autre dans la grande salle du cabaret. La fenêtre donnait sur la cour, et avait son épais rideau vert tiré. Au milieu de la paroi que Dragomira voyait en face d'elle, était un vieux divan recouvert d'une étoffe rouge et d'où le crin sortait en différentes places. D'un côté du divan se trouvait une armoire sur laquelle étaient rangés différents flacons de fruits confits; et de l'autre une commode portant une petite pendule et quelques figurines de porcelaine. Près de la fenêtre, il y avait encore une chaise, c'était tout.
Bassi Rachelles, les mains dans les poches de sa jaquette de fourrure, allait et venait avec un sourire moqueur sur ses lèvres charnues, pendant que Pikturno, à cheval sur la chaise, la regardait d'un air étonné.
"Vous n'allez pas vous figurer au moins que je suis amoureuse de vous, dit la juive. Vous m'avez demandé un rendez-vous; j'ai bon coeur et je vous l'ai donné, mais cela ne tire pas à conséquence, pas du tout.
- J'aurais cru que vous aviez un peu d'inclination pour moi, balbutia
Pikturno avec timidité.
- De l'inclination? - Bassi s'arrêta devant lui et le regarda effrontément en plein visage. - Pas la moindre!
- Si vous n'aviez que cela à me dire, reprit Pikturno, vous n'aviez vraiment pas besoin de me donner rendez-vous ici; les occasions ne vous manquaient pas à Kiew.
- Eh! savez-vous, s'écria Bassi en posant sa main sur sa hanche, dans quelle intention je vous ai fait venir ici?
- Vous avez des caprices aujourd'hui, à ce qu'il semble, ma chère
Bassi," dit Pikturno.