- Je vous en donne ma parole, répondit Zésim, mais ce que je ne peux pas vous promettre, Dragomira, c'est de forcer mon coeur à se taire; il parle beaucoup trop haut. Rappelez-vous les vers de Pouschkine:
Mon coeur aimant encore brûle et palpite,
Parce qu'il lui est impossible de ne pas t'aimer.
- Je ne peux pas te défendre de sentir quelque chose pour moi, dit la belle jeune fille avec calme, mais je ne puis répondre à tes sentiments. Jamais je n'aimerai, jamais je n'appartiendrai à un homme.
- Veux-tu devenir la fiancée du ciel?
- Il est plus méritoire de combattre dans le monde que derrière les murs, là où il n'y a pas de tentation.
- Je crois que tu me traites avec défiance, parce que je suis soldat.
- Point du tout: la guerre est bonne; grâce à elle beaucoup d'hommes à la fois gagnent le paradis, soit parce qu'ils souffrent cruellement, soit parce qu'ils meurent sur le champ de bataille."
Zésim la regarda tout surpris. Elle s'était assise près de la fenêtre grillée, ses belles mains modestement jointes sur ses genoux. En ce moment, elle lui semblait une prisonnière, dans cette chambre blanchie à la chaux, dont tout l'ameublement consistait en un lit à baldaquin, une armoire, une table et deux chaises. Le seul ornement était une image du Sauveur couronnée de fleurs desséchées; une discipline y était suspendue.
Qu'est-ce que cela voulait dire? Cette jeune fille autrefois si gaie, si aimable, poussait-elle l'austérité jusqu'au délire religieux? Etait-elle son propre bourreau.