Le jésuite voyait cela avec inquiétude et déplaisir. Il connaissait Anitta depuis le berceau; il l'avait toujours traitée avec une sorte d'amour paternel; il croyait être sûr de ses inclinations, et, grâce à son caractère sacré, il se figurait posséder sur elle une autorité plus haute et plus efficace que ses parents eux-mêmes. Il résolut de faire valoir cette autorité au bon moment, et l'occasion s'en présenta plus tôt qu'il n'eût osé l'espérer.

Le P. Glinski vint vers midi chez Oginski, et ne trouva à la maison qu'Anitta. Elle accourut à sa rencontre, le salua affectueusement, lui baisa la main; puis elle se remit à son métier, et reprit sa broderie interrompue. Le jésuite s'était placé derrière elle et regardait par-dessus son épaule la broderie à moitié faite.

"Un travail symbolique, dit-il avec un fin sourire.

- Comment cela? demanda Anitta sans changer de position.

- Est-ce que ce ne sera pas une pantoufle?

- Sans doute.

- Eh bien! tu te familiarises déjà en imagination avec l'attribut à venir de ta puissance, mon enfant. Que mon cher comte sera heureux sous ce joug charmant!

- Votre cher comte?…" murmura Anitta.

Et elle se tourna vers le jésuite d'un air résolu:

"…Je ne pense nullement à lui imposer mon joug.