- Je dois me faire belle, pour ne pas être trop au-dessous de votre dithyrambe, n'est-ce pas?

- Vous avez deviné… c'est pourtant bien inutile, car vous êtes toujours belle.

- Alors adieu."

Il lui baisa la main et partit en toute hâte.

Dragomira resta un moment immobile au milieu de la chambre. Le premier pas vers le but était fait; elle avait une occasion merveilleuse de pénétrer dans cde monde que le comte Soltyk fréquentait, de le rencontrer, de lui passer le lacet autour du cou. Tout le reste dépendait d'elle, et elle ne manquerait pas à sa tâche.

Elle fit rapidement sa toilette, arrangea ses cheveux et se regarda ensuite dans la glace, sans coquetterie et sans orgueil, sérieuse comme un artiste qui contemple son oeuvre, ou comme le soldat qui examine son arme avant la bataille.

L'instant d'après, Barichar annonçait Mme Oginska et sa fille. Dragomira vint au devant d'elles avec un air de satisfaction modeste.

"Je suis très agréablement surprise de votre visite, dit-elle, je ne puis comprendre ce qui me vaut cet honneur."

Elle invita les dames à prendre place sur le sopha et s'assit elle-même à côté d'Anitta.

"Nous avons appris sur vous, ma chère demoiselle, tant de belles choses, si extraordinaires, dit Mme Oginska, que nous n'avons pu résister plus longtemps au désir de faire votre connaissance. Et je le vois bien, cette fois, la renommée n'a rien exagéré. Que vous êtes belle, mon enfant! C'est une vraie joie de vous regarder; et quelle intelligence, quel courage intrépide dans votre regard! Je n'ai pas de peine à croire que les lions vous obéissent; vous êtes vous-même une lionne. Oh! que votre mère doit être heureuse et fière!"