Soltyk continua néanmoins à s'avancer vers elle et ôta son chapeau.
"Permettez-moi, mademoiselle, de vous offrir mes services. Vous avez besoin de secours à ce qu'il me semble.
- J'ai appris à me défendre moi-même, répondit-elle, pendant que ses grands yeux qui brillaient à travers son voile s'attachaient sur le comte avec un intérêt particulier. Toutefois j'accepte volontiers votre assistance. Donnez-moi le bras."
Cependant l'homme qui avait été renversé s'était relevé, et ses camarades revenaient à la charge contre la jeune femme et le comte.
"Voilà pourquoi elle faisait la bégueule, cria l'un de la bande, il paraît que notre coeur est déjà donné!
- Ou que le chevalier que nous avons trouvé tout à coup nous plaît mieux! ajouta un autre.
- Au moins nous aurons là quelqu'un qui pourra nous rendre des comptes, s'écria un troisième.
- Vous rendre des comptes? s'écria Soltyk, vous êtes bien heureux qu'on ne vous en demande pas. Au large, ou gare à mon poing!
- Allons-y!"
Le comte n'attendit pas un deuxième défi; il brandit sa canne, et après une mêlée de quelques instants, la route fut dégagée. Un des assaillants se blottissait dans la neige; un autre, dont le front saignait, s'appuyait à la maison. Les autres s'étaient enfuis épouvantés.