Soltyk offrit son bras à l'inconnue, et l'accompagna dans la direction qu'elle lui indiqua. Cette personne de haute taille, qui marchait à côté de lui avec une majesté pleine d'aisance, lui faisait une impression particulière, qui le surprenait et le charmait à la fois. Jamais, jusqu'à présent, il n'avait vu une femme réunir tant de véritable dignité, tant d'indépendance, tant d'assurance. De temps en temps il jetait un furtif et rapide regard sur son profil élégant et sur la riche chevelure blonde qui, de son petit bonnet d'astrakan, tombait jusque sur ses épaules.
A un moment, le regard calme de la jeune femme rencontra le sien; il éprouva une sensation tout à fait nouvelle pour lui; pour la première fois, une femme ne faisait naître en lui ni idée de passion, ni idée de plaisir; il lui semblait que c'était une compagne qu'il avait tout à coup rencontrée dans la tempête de la vie et dont il ne voulait plus se séparer.
A un coin de rue, l'étrangère s'arrêta, quitta le bras du comte, et lui tendit la main en le remerciant.
"N'avez-vous pas besoin de moi? demanda le comte d'un ton discret, pendant que ses yeux priaient avec éloquence.
- Je demeure tout près d'ici; je n'ai plus que quelques pas à faire; je puis m'en aller seule.
- Du moment que vous l'ordonnez, je n'ai qu'à me séparer de vous, répondit Soltyk; je vous avoue pourtant que je suis consterné à l'idée de ne plus vous revoir.
- Vous me reverrez.
- Puis-je vous demander?…
- Non, non, dit l'étrangère d'une voix nette et décidée, pour aujourd'hui contentez-vous de savoir que je suis une jeune fille d'honnête famille, qui, revenant de visiter une amie malade, a été attaquée par une bande de rôdeurs de nuit, et qui n'est pas indigne de votre protection, comte Soltyk.
- Vous me connaissez?