- Rien, mon ami, et je ne suis pas non plus femme à me prêter à n'importe quoi. Doutes-tu de mon indépendance, de l'énergie de ma volonté?

- Pas le moins du monde, répondit Zésim, mais je me sens inquiet, je ne sais pas pourquoi. Tu as dû rencontrer Soltyk, là-bas?

- Sans doute.

- Et quelle impression t'a-t-il produite?

- A moi? pas la moindre; mais relève-toi; ma tante ou toute autre personne peut venir; il ne faut pas qu'on te voie ainsi?"

Zésim se releva, ôta son manteau, déboucla son épée et s'assit en face de Dragomira.

"Comme tu es belle!" murmurait-il.

En effet, un charme indescriptible émanait de toute la personne de Dragomira comme d'un paysage de printemps, où tout vit et va fleurir. Et elle avait bien aussi le printemps en elle; elle aimait pour la première fois, elle éprouvait ce sentiment tout nouveau pour elle, cette angoisse mystérieuse, ce vague désir qui rend si douloureusement heureux et prépare de si chères souffrances.

Le parfum lourd et engourdissant dont la chambre était remplie, la lumière indécise qui l'éclairait doucement contribuaient encore à troubler Zésim. La lueur verte de la lampe posée sur la table se mêlait aux reflets rouges du feu de la cheminée et colorait de nuances magiques et charmantes les riches coussins du divan, les rideaux et les tapis dont les fleurs fantastiques semblaient se dresser. Dragomira avait une longue robe blanche et une ceinture bleue; un ruban de même couleur retenait sur ses épaules ses chevaux blonds, à moitié dénoués.

A la pointe de ses pantoufles turques de velours bleu brillait un croissant qui avait été brodé par quelque esclave du harem.