"M'aimes-tu encore? demanda Zésim, après l'avoir longuement contemplée en silence.
- Oui, répondit-elle d'une voix qui venait du fond de l'âme et qui bannissait tout doute, je t'aime, je n'aime que toi, tu es le premier homme que j'aime, et tu seras le dernier.
- Oh! merci! murmura Zésim en lui baisant les mains; je puis donc espérer qu'un jour tu m'appartiendras, que tu me donneras ta main.
- Oui… un jour… mais pas si tôt, reprit-elle.
- A quoi songes-tu?
- Nous nous aimons, c'est un bonheur, mais c'est aussi un danger, dit Dragomira; pour se marier il faut plus que de l'amour, il faut être sur que l'on sera d'accord, que l'on pourra vivre ensemble.
- Tu as raison.
- Nous ne pouvons pas nous laisser entraîner les yeux fermés par nos sentiments, nos désirs, sans nous demander: où arriverons-nous à la fin?
- Où? Oui, cette question, la vie ne cesse de nous la poser sans jamais y répondre, dit Zésim; l'existence tout entière se résume en dernier lieu à se demander avec anxiété: "Où allons-nous?" Et la réponse définitive qui nous est faite quand nos yeux se sont fermés et que nous ne pouvons plus entendre la voix qui nous délivrerait de nos incertitudes, c'est… la tombe. Faut-il attendre si longtemps, Dragomira?
- Non, non, certes non."