Elle avait peur. Elle frissonnait encore lorsque Zésim l'entoura de son bras et l'attira à lui.
"Ne me touche pas, murmura-t-elle avec un nouvel effroi, je t'en prie."
Il la quitta et la considéra avec une surprise presque enfantine; il cherchait à lire dans ses yeux, mais en vain; il y avait comme un voile épais devant l'âme de Dragomira; il ne la comprenait pas; il se mettait l'esprit à la torture pour la deviner et n'y réussissait pas le moins du monde.
"J'ai un projet pour demain, dit-elle au bout de quelques moments de silence, veux-tu m'accompagner?
- Oui, certes, et où vas-tu?
- A Myschkow, à cheval.
- Par ce froid?
- Pourquoi pas?
- Comme tu voudras."
Cirilla entra et prépara le thé. On parla de choses indifférentes, du théâtre, de la politique, de la ménagerie et des étudiants de l'Université. Lorsque Zésim prit congé de Dragomira et qu'elle le reconduisit jusqu'à l'escalier, deux yeux se dirigèrent sur lui à travers l'obscurité, sans qu'il le remarquât, deux yeux qui épiaient et brillaient comme ceux d'un loup. Quand il se fut éloigné, la juive sortit de l'ombre où elle était cachée et suivit Dragomira dans sa chambre.