Oginski avait de la peine à aller assez vite pour tout noter sur son calepin. Après une nouvelle embrassade et deux baisers retentissants sur les deux joues, Oginski pleinement satisfait quitta la petite chambre. Un quart d'heure plus tard il entrait tout fier chez sa femme.
"Eh bien! c'est fait?
- Non, pas encore.
- Tu disais pourtant que tu avais une idée.
- Ah! bien, oui, une idée! J'ai vingt idées, toutes superbes; écoute seulement."
Il tira son calepin et se mit à lire. Sa femme le regarda, d'abord avec étonnement, ensuite - et pour la première fois - avec un certain respect.
"Joli! très joli! disait-elle de temps en temps, délicieux! J'aurai de la peine à choisir."
Enfin, on finit par s'entendre; et après deux autres visites d'Oginski à son vieil ami, il se chargea lui-même de l'exécution du plan arrêté. Il choisit parmi les jeunes gens les personnes sont on avait besoin, indiqua les costumes, s'entendit avec les tailleurs, et quand tout fut en règle, organisa les répétitions nécessaires.
Le jour de la fête arriva. Anitta n'était pas du tout dans la disposition d'esprit d'une jeune fille heureuse de vivre, qui s'apprête à consacrer une nuit au plaisir. Elle n'en était pas moins occupée, avec l'aide de sa femme de chambre, à mettre la dernière main à sa toilette, quand sa mère entra et l'inspecta avec calme et par mesure de prudence, comme on examine une arme une dernière fois avant le duel ou la bataille.
"Tu es bien, mon enfant, dit-elle enfin, mais il faut mettre un peu de rouge; tu es pâle."