Enfin on approcha de la forêt et du cabaret suspect.
"Nous ferons mieux de ne pas nous arrêter devant la maison, dit Henryka. Nous pourrions éveiller des soupçons; sans compter qu'il ne serait pas impossible que l'on me reconnût, malgré mon déguisement. Voici quel serait mon plan: quitte la route ici et faire halte dans la forêt. Moi, je reste à garder les chevaux. Pendant ce temps-là, vous, votre agent et mon cocher, qui est bien connu dans l'endroit, vous vous rendez à pied au cabaret. Du moment que vous serez avec lui, on vous prendra tous les deux pour des paysans des environs. Mais n'oubliez pas d'allumer vos pipes auparavant. Dans cette saison, un paysan qui n'a pas sa pipe allumée n'est pas un paysan.
- J'admire votre prudence, qui pense à tout, dit galamment Bedrosseff. Il est facile d'obéir à une conductrice si intelligente et si habile."
Tout se passa exactement comme le voulait Henryka. Le traîneau quitta la route et tourna dans le bois. On ne pouvait plus avancer qu'au pas, car la nuit était venue et les étoiles et la neige ne donnaient qu'une faible clarté. Doliva arrêta les chevaux au milieu d'un fourré; Henryka prit les rênes et les trois hommes descendirent du traîneau.
"Je voudrais pourtant prendre d'autres dispositions, dit le commissaire de police; il n'est pas possible de vous laisser seule en cet endroit. Un malheur pourrait si facilement vous arriver! - Je n'ai pas peur, répondit Henryka.
- Cela ne fait rien; je veux vous laisser mon agent, dit Bedrosseff, il suffit que votre cocher m'accompagne.
- A votre idée," répondit Henryka/
Elle avait aussi prévu cette modification à son plan.
L'agent lui prit les rênes. Bedrosseff tira son briquet et alluma sa pipe.
"Si je le trouve nécessaire, je donnerai un signal, dit-il; dès que vous entendrez un coup de feu, arrivez vite à mon aide."