Enfin le signal fut donné: c'était une sonnerie de trompette, Alors commença le vacarme des rabatteurs; leurs cris retentissaient à travers la forêt, accompagnés du claquement des fouets, du bruit des grelots et du tapage des coups de bâton contre les arbres. On lâcha alors les chiens. Deux d'entre eux arrivèrent en faisant des bonds magnifiques de souplesse et disparurent dans l'épaisseur du bois. Il y eut de nouveau un court silence, puis une tête fauve se montra au milieu des feuilles sèches. Un grand renard approchait lentement en se glissant à travers les branchages et les broussailles.
Dragomira se préparait à tirer, mais le comte l'arrêta.
"Il est défendu de tirer sur les renards, lui dit-il tout bas.
- Et pourquoi? demanda-t-elle toute frémissante.
- Parce que les loups seraient avertis par des coups de feu prématurés; et alors, au lieu de venir dans notre direction, ils pourraient s'échapper d'un autre côté ou à travers les rabatteurs."
Le renard avait l'air de savoir qu'il était en sûreté, car il passa lentement, sans s'occuper beaucoup des chasseurs. Quelques instants après, un grand animal gris et velu, à poils sauvages et hérissés, avec des yeux étincelants, arrivait par bonds précipités.
"Est-ce un loup?" demanda Dragomira.
Soltyk fit signe que oui.
La belle fille se prépara. L'animal féroce fit encore deux ou trois bonds; on vit un éclair, on entendit une détonation, et le loup roula dans son sang. Il se releva presque immédiatement sur ses pattes de devant et poussa un hurlement épouvantable.
Soltyk s'avança vers lui.