"Tu peux aussi la baiser, je ne m'y oppose pas."
Zésim la pressa contre ses lèvres avec feu, mais elle lui échappa soudain, et les roues se mirent en mouvement.
"Bonne nuit!"
Les chevaux noirs s'ébrouèrent, le long fouet claqua; tout partit comme un oiseau qui s'envole.
Zésim consacra le lendemain à sa mère. Le soir, il fit ses paquets. C'était, encore une fois, la dernière nuit passée sous le toit de ses parents, puis il fallait se séparer; mais, aujourd'hui, son coeur n'était pas trop oppressé, un gracieux fantôme flottait devant lui et il le suivait volontiers. Au point du jour, il était éveillé. Il sortit dans le jardin. Là, à la même place où il s'était assis la veille avec Dragomira, il trouva sa mère, dont les yeux étaient rouges d'avoir pleuré. Il s'assit à côté d'elle, et ils demeurèrent longtemps silencieux, la main dans la main, appuyés l'un contre l'autre.
"Promets-moi, Zésim…
- Quoi, ma mère?
- D'être prudent avec Dragomira.
- Sans compter qu'elle ne veut pas entendre parler d'amour.
- C'est ce qu'on dit, et je veux bien le croire; mais une voix intérieure, qui ne m'a jamais trompée, me dit aussi qu'elle vise un but avec toi et que quelque danger te menace de sa part.