- Je vous en prie.
- Ah! Dragomira, quel bonheur vous m'avez donné!"
Elle le regarda, prit sa belle tête de despote dans ses mains et lui donna encore un baiser. Elle était tout à coup métamorphosée.
Soltyk se releva vivement et sortit pour aller parler à Mme Maloutine.
Dragomira resta seule.
"Que s'est-il passé? se demanda-t-elle. Est-ce que je l'aime? Non, non. Qu'est-ce alors? Qu'est-ce donc qui lui a donné cette puissance sur moi? A-t-il vu dans la nuit de mon âme, là où jamais n'avait pénétré un rayon de lumière? M'a-t-il révélé à moi-même ce dont je n'avais jamais eu conscience? Etait-ce cela? Je ne sais pas; je sais seulement que j'étais calme et sans crainte et qu'il m'a emportée avec lui dans un tourbillon, au-dessus d'abîmes qui me donnent le vertige. Où suis-je entraînée? Mon Dieu! mon Dieu! ne m'abandonne pas!"
XVIII
LA PECHEUSE D'AMES
Pour tout homme vient le moment où le conducteur de son étoile lui remet à lui-même les rênes de sa destinée. FR. HEBBEL.
Mme Maloutine avait donné son consentement au mariage de sa fille avec Soltyk. Le comte touchait enfin au but; il allait posséder la belle adorée et jouir de la suprême félicité sur cette terre.