Le lendemain matin, Dragomira prit les dispositions nécessaires. Elle jouait déjà complètement son rôle de maîtresse et de souveraine, et tous lui obéissaient, comme s'il ne pouvait pas en être autrement.
Pendant le déjeuner, alors que le comte pouvait à peine détourner d'elle un moment ses regards enflammés et ravis, elle donna l'ordre d'atteler un traîneau et pria le jésuite de l'accompagner à Kiew. Glinski avait pour mission d'avertir la famille Oginski et de la calmer. Dragomira voulait s'entretenir avec Zésim.
"Vous, restez ici, dit-elle à Soltyk. Ma mère et Henryka vous tiendront compagnie. Je reviendrai ce soir, au plus tard demain matin."
Le comte soupira, affirma qu'une séparation de quelques heures lui semblait déjà longue comme une éternité, demanda en suppliant la permission d'aller aussi à Kiew, et jura qu'il ne gênerait en rien Dragomira. Mais elle resta inébranlable, et il finit par se soumettre, quoique avec le coeur serré.
Le traîneau était avancé. Dragomira baisa la main de sa mère et descendit l'escalier au bras de Soltyk. Quand elle fut assise à côté de Glinski, au milieu des molles et précieuses fourrures qui garnissaient l'équipage, elle tendit au comte ses lèvres rouges et brûlantes; un baiser fut échangé; puis le fouet retentit, et l'attelage partit au galop.
Quand ils furent arrivés à Kiew, Dragomira congédia le jésuite et envoya Barichar à Zésim.
L'officier vint immédiatement.
"Qu'avez-vous à me dire? demanda-t-il, je suis surpris que vous vous souciiez encore de savoir si je suis ou non de ce monde.
- Toujours des reproches, répondit Dragomira en lui mettant lentement un bras autour du cou, que veux-tu, tu es pourtant à moi, je te tiens et je ne te lâcherai plus.
- Tu te trompes.