Kachna éveilla les gens de sa maison. Anitta appela Tarass et fit seller le cheval qui était là exprès pour elle.

Zésim avait quitté Kiew peu de temps après avoir renvoyé le messager. Il arriva à Kasinka Mala au petit jour. Il sauta de son cheval, le remit au cabaretier juif qui s'était empressé de venir au-devant de lui, et entra dans le cabaret. Au moment où il posait le pied sur le seuil, il fut saisi par Karow et Tabisch. En même temps, Henryka lui arrachait son épée du fourreau; et, pendant que les deux hommes luttaient avec lui, elle lui jetait un lacet autour du cou. Peu d'instants après, Zésim, les mains et les pieds garrottés, était posé à genoux au milieu de la chambre, devant Dragomira. Celle-ci, habillée en paysanne, avec des bottes de maroquin rouge aux pieds, un mouchoir rouge autour de la tête, une pelisse blanche de peau de mouton brodée en couleur, était assise sur un banc de bois et le considérait d'un air de triomphe.

"Enfin, te voilà entre mes mains!" dit-elle en faisant signe aux autres de s'éloigner.

Zésim ne répondit rien.

"Tu te tais? continua-t-elle. Est-ce que tu ne m'aimes plus? Ce serait fâcheux pour toi si tu avais change de sentiment, car voici l'heure où je vais tenir ma parole. Je suis prête à devenir ta femme. Puis après avoir été heureux, nous apaiserons Dieu et nous mourrons ensemble.

- Tu peux me ruer, répondit Zésim, mais jamais je ne mettrai ma main dans cette main souillée de sang; jamais je ne presserai sur mon coeur une réprouvée comme toi. Je t'ai aimée, mais en ce moment, tu me fais horreur.

- Je vous immolerai, toi et Anitta, en expiation du sang des justes qui retombe sur vos têtes.

- Ce n'est pas nous qui sommes les coupables, répondit Zésim, c'est toi qui es la criminelle, la scélérate! Le bras vengeur de Dieu, que tu as si souvent offensé, t'atteindra tôt ou tard.

- C'est ce que nous verrons, dit-elle avec calme; en attendant, tu es mon prisonnier, et Anitta ne tardera pas à être en mon pouvoir. Alors j'imaginerai pour vous des tortures auxquelles on n'a pas encore songé. Ne t'attends à aucune pitié de ma part.

- Je n'ai pas peur de toi, et je ne te demanderai pas grâce, s'écria Zésim; je suis fier de ta haine. Si je dois mourir, c'est que Dieu le veut. Je suis prêt à me soumettre à sa volonté."