Mme Jadewska le conduisit dans la maison. Toute la troupe des vieux serviteurs arriva pour voir le jeune maître et la saluer, mais aucune main de le toucha et ne le servit que celle de sa mère. Elle lui ôta son bonnet et son épée; elle lui apporta le souper; elle lui remplit son verre d'un généreux vin de Hongrie, s'assit près de la fenêtre entre ses fleurs et sa volière, et se mit à le contempler, silencieuse et heureuse.

C'est qu'aussi Zésim était bien fait pour réjouir le coeur d'une mère. De bonne taille, élancé, avec des muscles d'acier, un beau et noble visage, qu'encadrait une courte barbe blonde, et om brillaient deux grands yeux bleus enthousiastes, il représentait la nature humaine dans ce qu'elle a d'aimable.

"Combien de temps restes-tu? lui demanda tout d'abord sa mère?

- Deux semaines, mère chérie, mais Kiew est près; je reviendrai bientôt.

- A Noël?

- Plus tôt, aussi souvent que je le pourrai."

Il regarda autour de lui, et une émotion silencieuse s'empara de son coeur. Tout était comme il l'avait laissé, quand il était parti, encore adolescent. Chacune des vieilles armoires, des vieilles tables, des vieilles chaises était toujours à la même place. Le sopha avait toujours son étoffe à fleurs, qu'il connaissait si bien. L'antique horloge faisait toujours entendre son majestueux tic-tac. Sur le poêle se tenait encore la Diane de plâtre, avec son carquois et son arc; et sur la commode étaient les flacons avec les fruits confits dont il aimait tant à se régaler.

"Qu'est de venue Dragomira?" demanda tout à coup Zésim.

Mme Jadewska haussa les épaules.

"Elle n'a pourtant pas quitté le bon chemin?