- C'est selon colle tu l'entends. Elles sont devenues dévotes, elle et sa mère. Tu ne reconnaîtras pas ta joyeuse compagne d'autrefois. On n'entendu plus chez elles qu'oraisons et psaumes de la pénitence.
- Il faut que j'y aille, aujourd'hui même.
- Pourquoi tant te presser?
- Je ne sais, je me réjouis de revoir Dragomira. N'était-elle pas autrefois ma petite femme, quand nous bâtissions des maisonnettes avec des bottes de paille et des branches.
- Je ne t'en empêche pas, tu peux y aller, mais tu ne trouveras pas ce que tu cherches.
- Combien y a-t-il d'ici à Bojary? Un quart de lieue?
- Oui, à peu près."
Zésim se leva, prit son bonnet, chargea son fusil de chasse, qui était pendu à un clou, le mit sur son épaule, embrassa sa mère et partit.
La route passait par les champs dont les blés étaient coupés et par une prairie où les bergers avaient allumé un grand feu autour duquel ils s'étaient installés pendant que les chevaux paissaient, les jambes de devant entravées. Le croissant de la lune apparaissait au-dessus de la forêt. On entendait de temps en temps les clochettes des chevaux, les airs mélancoliques du chalumeau et le murmure lointain de la rivière.
Quand Zésim fut près du château de Bojary, le coeur lui battit avec force et l'image de sa petite amie d'enfance se dressa vivante devant lui. Il était arrivé à la porte: il frappa. Les aboiements d'un chien lui répondirent; du reste, tout demeura silencieux. Les sombres peupliers bruissaient d'une façon sinistre. La maison et la cour étaient plongées dans la plus profonde obscurité. Aucune fumée ne sortait des cheminées; aucune fenêtre n'était éclairée.