"Maintenant, allez-vous-en, Zésim, j'ai aujourd'hui une leçon de piano. Mais revenez bientôt dans l'après-midi; s'il fait beau, pour qu'on puisse jouer dans le jardin. Demain, peut-être.

- Je reviendrai, je suis heureux que vous me le permettiez."

Ce jour-là, dans l'après-midi, Oginski reçut une autre visite, tout aussi inattendue, celle du père jésuite Glinski.

C'était un de ces prêtres polonais qui réunissent dans une seule personne l'homme du monde distingué, l'ardent patriote et le zélé serviteur de l'Eglise. Il jouissait d'une grande considération comme prédicateur et comme ancien précepteur du comte Soltyk. C'était en effet le seul homme qui eût quelque influence sur le comte, et il jouait le rôle d'une sorte d'intendant chez ce puissant et riche magnat.

Son extérieur était beaucoup plus d'un diplomate que d'un théologien. Sa taille bien prise, pas trop grande, sa belle tête, son visage distingué, encadré de cheveux bruns, ses yeux calmes et intelligents, qui vous pénétraient jusqu'au fond de l'âme, ses manières élégantes, son langage choisi, tout en lui indiquait qu'il se sentait plus chez lui sur le parquet glissant et silencieux des palais que sur les dalles retentissantes des églises, et qu'il s'entendait mieux à faire le confident et le conseiller dans un boudoir que dans son confessionnal vermoulu.

"Je vous croyais encore à Chomtschin, dit Oginski au jésuite qui entrait.

- Nous sommes revenus hier, répondit le P. Glinski, le comte commençait à s'ennuyer; c'est alors le moment de lever le camp.

- Saviez-vous, mon très révérend père, qu'Anitta est de retour.

- En vérité? La chère enfant! Ce doit être à présent une grande jeune fille? Où est-elle cachée? Puis-je la voir?

- Elle est dans le jardin avec ses amies; je vais la faire appeler.