- Non, non, je veux aller moi-même la chercher."
Le jésuite prit sans tarder son chapeau aux larges bords retroussés et descendit en hâte l'escalier de pierre qui conduisait au jardin. Il trouva Anitta et une demi-douzaine d'autres jeunes filles, toutes fraîches, jolies et de joyeuse humeur, qui jouaient au volant sur la prairie.
Dès qu'Anitta le reconnut, elle courut à lui et lui sauta au cou.
"A quoi pensez-vous, mademoiselle? vous n'êtes plus une enfant, lui dit le jésuite un peu embarrassé, pendant que son oeil expérimenté examinait cette charmante personne avec une véritable satisfaction.
- Enfant ou non, s'écria Anitta, je vous aime toujours bien, père Glinski, et il n'y a pas à dire, vous allez jouer avec nous à colin-maillard.
- Je… Mais cela ne va pas à…
- Vous allez voir comme cela ira bien;"
La troupe pétulante entoura le père jésuite malgré sa résistance. Une des jeunes dames s'empara de son chapeau, une autre de sa canne, une troisième donna son mouchoir, une quatrième se plaça devant lui, pour bien s'assurer qu'il ne pouvait pas y voir, et Anitta lui banda les yeux. Le Père était au milieu de la prairie, et toutes ces jolies filles sautaient autour de lui et l'agaçaient en poussant des éclats de rire folâtres. Plus il mettait d'ardeur à en saisir une, plus la gaieté augmentait. Enfin, au lieu d'Anitta qu'il croyait attraper, il serra dans bras… qui? le poney! On le força à monter dessus, et il fut promené en triomphe à travers le jardin par les jeunes filles qui l'escortaient en poussant des cris de jubilation.