C'était une grande salle, aux murailles noircies. Cà et là étaient suspendues quelques gravures. Le comptoir barrait la porte qui conduisait dans la chambre d'habitation. Des deux côtés étaient des tables et des bancs. Dans un coin, près du poêle, était assis un jeune homme d'une vingtaine d'années, qui avait l'air de sommeiller. C'était Juri, comme l'avait fit la Juive, un des membres de leur association, et certes, un des plus farouches et des plus déterminés. Devant le comptoir, dans un vieux fauteuil dont l'étoupe s'échappait de tous les côtés, était étendu un jeune homme de haute taille, solidement conformé. Sur son visage rond et encadré de cheveux noirs bouclés se lisait une certaine timidité et une indifférence apathique. Ses yeux ronds et noirs regardaient fixement la belle juive aux formes opulentes, qui était assise auprès de lui, sur le bras du fauteuil, et lui abandonnait avec un astucieux sourire ses mains blanches et charnues.
C'était Wlastimil Pikturno, fils d'un riche propriétaire polonais, et étudiant à l'Université de Kiew.
Dragomira entra sans se presser dans la maison, puis dans la salle de débit. Bassi quitta Pikturno et vint avec empressement à sa rencontre.
"Bonsoir, mon cher monsieur, dit-elle à voix haute, que faut-il vous servir? Une bouteille de vin ou un cognac?
- Oui, un cognac," répondit Dragomira.
Et elle s'assit à la table la plus proche. Quand Bassi eut apporté le cognac, Pikturno lui fit signe de venir près de lui.
"Qui est-ce? demanda-t-il.
- Je le voix pour la première fois.
- Tu mens? C'est un nouvel adorateur.
- Quelle absurdité!