- Cela ne vous sera pas difficile, cher comte, on vous recevra à bras ouverts.

- Mais c'est que depuis longtemps j'ai singulièrement négligé les
Oginski.

- Vous n'en serez que mieux accueilli.

- Advienne que pourra, s'écria Soltyk, il faut que je fasse la conquête d'Anitta. A quoi me servent mon nom, mon rang, ma richesse sans cet ange? C'est la première fois que je peux penser à donner ma main à une jeune fille sans avoir envie de rire de moi-même.

- Si vous amenez cette charmante créature comme reine et maîtresse dans votre maison, tout le monde vous enviera," dit le jésuite.

Soltyk s'assit sur une chaise et respira profondément.

"Que pourrais-je bien faire maintenant? Je suis incapable de dormir.

- Prenez un peu d'eau gazeuse."

Soltyk se mit à rire, puis sonna et ordonna de seller son cheval arabe. Quelques minutes plus tard, il s'élançait à travers la nuit claire et froide. Cependant le jésuite restait assis devant ses Pères de l'Eglise et souriait comme un homme heureux, en prenant avec délices une prise de son excellent tabac d'Espagne.

Le lendemain, dans la matinée, il vint en cachette chez M. Oginski, et, fort content de lui-même, il annonça la visite de Soltyk. Anitta ne fut pas peu surprise lorsque sa mère, après le dîner, fit une inspection méticuleuse de sa toilette, et la baisa ensuite au front avec une expression d'orgueil.