»—Que tu es belle! lui dis-je.

»—Et toi... vous êtes devenu un homme... J'espère qu'au moins vous ne faites plus de vers?

»Je croyais toujours rêver. Entre un garçon de dix-huit ans et un jeune homme de vingt-quatre la différence n'est pas grande; mais elle... ces six années l'avaient transformée; la petite fille de onze ans était devenue femme. Je m'oubliai à l'admirer et ne revins à moi que pour découvrir que j'étais amoureux fou. Qui ne l'eût été en présence d'une aussi parfaite créature?—Son seul rire eût suffi à troubler la tête, le coeur, les sens d'un homme plus sage que moi. Et pourtant un peintre ne l'eût pas peut-être choisie pour modèle. Luba était petite, mais si bien faite! Je m'en aperçus au moment où, glissant de l'arbre dans mes bras, elle se laissa poser doucement à terre. Son teint brun, coloré sur les joues d'un rouge vif, son petit nez droit, mutin et résolu, ses lèvres vermeilles et un peu fortes lui composaient une de ces physionomies franches et gaies qui inspirent avant tout la confiance.

»Nous entrâmes ensemble dans la maison; sa mère me servit du café, des gâteaux, des confitures; je ne goûtai à rien, je ne faisais que contempler Luba, jusqu'à ce qu'enfin, sautant de sa chaise, elle vint me prendre le menton pour relever ma tête et plonger son regard espiègle droit dans mes yeux:

»—Qu'avez-vous? dit-elle; encore ce maudit Byron?

»—Comment vous le dire? Je ne le sais pas moi-même, répondis-je en soupirant.

»—Eh bien! je vous le dirai, moi!

»Et toute son humeur folâtre se réveillant:

»—Vous êtes amoureux, maître Basile, voilà ce que vous êtes.

»—Moi?