Même quand Luba se tait, sa présence est révélée par des frissons d'étoffe, des cliquetis, des froufrous, de petits bruissements qui lui sont particuliers; on dirait toujours que son corps agile et bondissant veut forcer les entraves qui l'étreignent. Sa robe, son collier, sa pantoufle, tout ce qui fait partie de sa pétulante personne, babille incessamment. Elle pose la samovar sur la table, me prépare du thé qu'elle goûte dans ma tasse, la traîtresse!—puis je vais me coucher; mais soudain mille piqûres m'avertissent que des orties ont été semées dans mon lit! A peine me suis-je débarrassé des orties qu'un essaim de hannetons bourdonne à travers ma chambre, et le lendemain Luba me demande d'un air hypocrite si j'ai bien dormi. Nous passons la journée à nous disputer sur ce sujet:—La lune est-elle habitée comme la terre, oui ou non?—Rentré chez moi, je suis éveillé à minuit par un Cosaque qui m'apporte une lettre de Luba. Je l'ouvre avec un mélange d'inquiétude et de transports; qu'est-ce que j'y lis?
»Je prétends et je décide que la lune est habitée.»
»Les folies de Luba m'impatientaient, m'irritaient, et je l'aimais de plus en plus; la jalousie contribuait bien un peu à me faire perdre la tête. Deux riches gentilshommes, Pan Krymski et Pan Sinakiewitch, fréquentaient assidûment la seigneurie; tout en faisant la cour à Luba, ils me regardaient d'un air assez dédaigneux. Je n'étais, auprès d'eux, qu'un pauvre diable.
»Un jour, j'entendis la mère de Luba exhorter cette dernière à se prononcer en faveur de Krymski. C'était au mois de juin. Quelque temps après, nous nous trouvâmes, la jeune fille et moi, assis, par une soirée brûlante, sur la lisière des bois voisins. J'avais cueilli pour ma bien-aimée des bluets et des coquelicots dont elle parait ses cheveux noirs. La nuit tombée, nous vîmes luire dans tous les buissons quelque chose de brillant comme des diamants dispersés, et mille étincelles voltigèrent dans l'air.
»—Ah! les belles lucioles! s'écria Luba.
»Ses yeux étincelaient comme les lucioles elles-mêmes. Elle prit un ver luisant, le posa sur sa main pour l'examiner, puis dans ses cheveux. J'en ajoutai un second, d'autres encore, jusqu'à ce que sa petite tête fût entourée d'une flamboyante auréole.
»—Suis-je belle, maintenant? me demanda-t-elle.
»—Sans doute, lui répondis-je, les diamants vous iront mieux encore.
»—Quels diamants?
»—Ceux de Pan Krymsy, le jour de vos fiançailles...