»Elle ne me laissa pas achever; un éclat de rire railleur et affectueux à la fois me coupa la parole:
»—Non... être si aveugle!... répétait-elle.
»Et, en sautant, elle attrapa une branche dont elle se servit pour me frapper lestement au visage...
»Mais où donc suis-je? J'oublie la vente qui s'achève autour de moi. Luba vient de me pousser le coude. Les Juifs sont en train de se disputer une vieille kazabaïka que je reconnais: un nouveau tableau de la lanterne magique passe sous mes yeux.
»C'est l'automne. Je suis debout devant Luba, et je lui tiens un écheveau de fil. Tout à coup elle frissonne:
»—Comment, dit-elle, il fait déjà froid!
»Sa kasabaïka est sur un meuble; je cours galamment la chercher; mais Miki, endormi comme un sultan dans une des manches fourrées, s'élance dehors aussitôt et me mord avec rage de ses petites dents qui piquent comme deux rangées d'aiguilles. Je fais un bond, je secoue mon doigt ensanglanté, Luba rit. Me voici furieux:
»—Ne riez pas; si vous continuez de rire, je ne sais ce qui arrivera!...
»—Et pourquoi ne rirais-je pas? répond-elle, en se glissant comme un serpent frileux dans la chaude fourrure. Il faut bien que je rie, vous êtes si drôle!
»—Drôle? vous trouvez cela parce que vous me haïssez!