L'orage avait cessé; le rideau de pluie devenait de plus en plus transparent; le soleil couchant brillait derrière comme une grosse lampe. Les paysans s'entretenaient tout bas. Je m'approchai de Basile Hymen, debout sur le seuil de la maison.
—Vous craignez la propriété? lui dis-je en souriant; pourtant vous possédez des habits.
—Non, répondit-il, cet habit appartient au tailleur du village, ces bottes sont à la belle Russine. Il en est de même de tout ce qui est sur moi.
—Ainsi, vraiment, vous n'avez rien en propre, rien?...
—Si fait, dit Basile en promenant autour de lui un regard furtif, comme s'il eût craint qu'on ne lui dérobât un trésor.
Il tira de son sein une petite croix noire et un soulier d'enfant tout déchiré:
—Voici ma propriété, je l'ai conservée jusqu'à ce jour, et j'espère que Dieu permettra qu'elle me suive dans le tombeau. Ma femme a porté la croix.
Il baisa cette croix et ensuite le petit soulier, puis cacha le tout avec des précautions infinies; on eût dit qu'il s'agissait d'un grand et dangereux secret.
La pluie ne tombait plus; je sortis avec lui. Un arc-en-ciel magnifique vint réjouir la terre, qui fumait comme un autel à sacrifice.
—Hélas! dit Hymen avec un sourire enfantin, que tout serait beau si les hommes savaient être justes, s'ils s'entr'aidaient au lieu de s'entre-détruire, si au lieu du combat il y avait l'amour! Mais nous ne les changerons pas.