Là-dessus, elle sonna; mais Zénon avait rassemblé tout son courage.
—Chère mère, supplia-t-il, ne soyez pas si dure envers les pauvres gens! Ils allaient passer la nuit en plein bois, une femme, songez-y, et de petits enfants! Était-ce possible de le souffrir? Je leur ai promis abri et nourriture.
—On ne peut pourtant les chasser, insinua timidement Pan Mirolawski; Zénon, qui a suivi l'élan de son bon coeur, serait compromis aux yeux de toute la maison.
—Soit! qu'ils restent cette nuit, mais pas une heure de plus, décida cette Sémiramis.
—Et qui donc les aidera dans l'avenir? s'écria Zénon. Oh! ma mère, nous sommes riches, et ils sont pauvres! Ne pourrait-on leur donner du travail?
—Non, ils partiront demain. N'insiste pas, reprit la maîtresse d'Ostrowitz, arrêtant une dernière prière sur les lèvres de Zénon; j'ai dit ma volonté.
Elle s'assit au haut bout de la table sur son fauteuil comme sur un trône; le père et le fils prirent place l'un à sa droite, l'autre à sa gauche, et Stéphane servit le souper.
Personne n'avait envie d'entamer la conversation; madame Mirolawska mangeait lentement, avec toutes sortes de grâces et de manières; Pan Mirolawski avec précipitation, comme s'il eût voulu avaler son dépit; Zénon laissa passer tous les plats sans toucher à rien. Il baissait la tête, et de temps en temps une larme tombait sur son assiette. Tout à coup, il se leva et sortit de la salle. Sa mère le suivit des yeux, surprise plutôt qu'en colère, puis elle passa sa main blanche d'un air embarrassé sur la sombre fourrure qui couvrait sa poitrine.
Zénon cependant n'avait pas regagné sa chambre; il se dirigea vers la bibliothèque, pensant bien que personne ne viendrait l'y chercher. Il n'y avait pas de lampe dans cette vaste pièce; mais le clair de lune dessinait distinctement le châssis de chaque fenêtre sur le carrelage du sol. Zénon prit un livre, l'ouvrit et s'assit pour le feuilleter dans ce rayon de lumière argentée. Au moment même parut Stéphane.
—Mon jeune maître, dit-il, venez; madame l'exige.