Non loin du village, on rencontra un paysan de petite taille, mais robuste, qui labourait avec l'aide d'un cheval boiteux.

—Mamelyk, mon fils, dit la vieille, je t'amène un travailleur.

Le paysan tourna ses yeux, égarés comme par l'ivresse, vers Zénon Mirolawski.

—Un gaillard! murmura-t-il.—Et il continua sa besogne.

Zénon resta d'abord à Tcheremchow. Il aidait Mamelyk à labourer et à ensemencer son champ; il travaillait sur les terres du seigneur avec les autres villageois quand ceux-ci avaient à s'acquitter du robot. Sa vigueur excitait l'admiration de ses camarades. Il dormait sur un banc, près du poêle, dans la chaumière de Mamelyk, et partageait le modeste ordinaire de la famille.

Sa vie nouvelle ne durait que depuis peu de jours, quand Florina, la femme de Mamelyk, tomba malade. Le seigneur, qui jamais ne passait devant la maison sans y entrer, envoya chercher à la ville un médecin français, M. Lenôtre, qui, après avoir pris du service l'an 1831 dans les rangs de l'armée polonaise, s'était établi en Gallicie.

Pendant que celui-ci examinait la malade, les autres membres de la famille demeuraient assis sur le seuil de leur chaumière, et le jeune paysan qui avait amené le Français donnait à boire à ses maigres chevaux.

—Qu'as-tu donc, Nazaretian? commença le maître du lieu. Pourquoi es-tu si triste un samedi soir, quand demain tu dois danser?

—J'en aurai bientôt fini avec la danse, répondit Nazaretian.

—Est-il vrai que ton maître poursuive ta fiancée? demanda Azaria.