—J'ai déjà reporté l'argent l'autre jour, répondit Patrowna, mais il plaît au juif de ne plus se souvenir de notre marché; puisque le seigneur le protége, que peut faire contre lui une pauvre vieille?
—Nous verrons bien! s'écria Zénon avec énergie.
Cette fois, il n'y eut personne qui ne le regardât, stupéfait.
—Père, dit Azaria, s'adressant à Mamelyk, il nous faudrait de la pluie!
—Aussi notre curé doit-il faire une procession pour qu'il en tombe, répliqua gravement le père.
—A quoi bon? interrompit Zénon; Dieu gouverne le monde selon des lois immuables, les lois de la nature.
Et soudain, ce ne fut plus le simple cultivateur qui parla, mais le savant, qui, pour expliquer à ses auditeurs émerveillés l'origine de la pluie, de l'orage et de la grêle, donnait une forme simple et claire aux vérités qu'il enseignait. Pendant que Zénon parlait ainsi, le docteur Lenôtre sortit de la cabane et se mit à écouter avec les autres.
—Bien, jeune homme, très-bien! dit-il en lui tendant la main. Qui donc, ajouta-t-il, a pu vous apprendre toutes ces choses? Plût à Dieu que vous eussiez beaucoup de pareils parmi le peuple!
—Il sait bien lire, dit Azaria, non sans une certaine complaisance.
—Prenez donc tous exemple sur lui, fit le médecin. Tâchez d'apprendre, vous aussi. Vous verrez dans l'histoire que Piast, qui n'était qu'un simple paysan, mérita de devenir roi. J'espère vous revoir, jeune homme.