Ayant adressé ce dernier salut à Zénon, M. Lenôtre remonta en voiture. C'était un homme de bien, animé de ce pur enthousiasme pour les libres institutions et pour l'humanité qui semble être particulier à ceux de sa nation.

—Eh bien! dit Patrowna après qu'ils eurent tous regardé la voiture s'éloigner, puisque vous savez tant de choses, ami Paschal, quand aurons-nous de la pluie?

—Demain, répondit Zénon, car le vent souffle du sud, et je vois au loin monter des brumes.

Comme il plut en effet le lendemain matin, le savoir de Zénon fut reconnu par tous les campagnards, et l'autorité de l'étranger grandit encore dès le dimanche suivant, où il eut l'occasion de faire preuve de force physique, après avoir montré déjà sa clairvoyance.

En se rendant à l'église, il passa, en compagnie de la vieille Patrowna, chez le cabaretier juif qui retenait en gage la pelisse de cette dernière.

—Voici ton argent, lui dit-il, rends le manteau.

—Le manteau? glapit le fripon; quel manteau? Je ne sais ce que vous voulez dire.

—Le rendras-tu sur-le-champ?

—J'ai à servir mes hôtes, répondit le juif en versant de l'eau-de-vie aux paysans qui remplissaient le cabaret, et je n'ai nulle envie de plaisanter.

Déjà Zénon l'avait saisi par sa barbe rousse et secoué de la belle manière. Le juif cria, la table fut renversée, l'eau-de-vie se répandit à flots sur le plancher.