—Il faut juger avant de punir, fit Zénon. Je ne laisserai pas maltraiter ce vieillard.
La petite Polonaise maigrelette se dressa comme un diable qui sort d'une boîte à surprise; ses yeux bleus lancèrent des flammes.
—Qu'oses-tu dire, manant? Peut-être sais-tu à quoi t'en tenir en effet? Es-tu donc toi-même le voleur?
—On ne touchera pas un poil de cette barbe grise, répliqua Zénon en retroussant ses manches.
—Arrêtez-le, cria la jeune femme, et frappez ferme!
Déjà les gens se jetaient sur Zénon, mais au moment même Mordicaï Parchen surgit comme un ange du ciel entre eux et son jeune maître. Un coup de pied l'envoya rouler sous un des bancs, où il continua de crier:
—Ne le battez pas! Vous ne savez qui est cet homme, c'est...
—Te tairas-tu! fit Zénon de sa voix de stentor.
—Est-ce un prince, par hasard? demanda la Polonaise railleuse. En ce cas, assommez le prince!
—Je ne suis pas un prince, s'écria Zénon en secouant, d'un seul mouvement de ses larges épaules, ceux qui le tenaient. Je suis le défenseur des opprimés.