Il s'inclina profondément et laissa la pauvre petite femme déconcertée pour la première fois de sa vie peut-être.

Zénon et le vieux Mordicaï se dirigèrent ensuite vers la seigneurie de Dobrowlani, dont le maître donnait depuis longtemps à l'aspirant réformateur des sujets d'indignation. D'abord il se joignit aux travailleurs des champs et se borna tranquillement à observer, tout en faisant sa besogne. La vieille Patrowna, qui comptait parmi les paysans du baron et dont la chaumière était située à l'écart des autres, tout au fond de la forêt, l'avait reçu chez elle. Il vivait ainsi sous le même toit qu'Azaria, laquelle était venue chez sa grand'mère dans l'espoir d'échapper aux humiliations et aux railleries qui la poursuivaient chez elle, car, sans avoir jamais été mariée, Azaria était enceinte. Si elle eût porté dans son sein l'enfant d'un paysan, personne ne lui eût jeté la pierre, mais le peuple des campagnes en Gallicie, au temps du robot, n'était nullement disposé à excuser celle de ses filles qui écoutait un gentilhomme. Les paysans de Dobrowlani surent vite que la petite-fille de Patrowna avait reçu de Pan Joachim Bochenski, le neveu libertin du riche comte Dolkonski, plusieurs rangs de corail et une pelisse neuve en peau d'agneau pour prix de son déshonneur. Des murmures, ils passèrent aux menaces, et leur colère éclata enfin un samedi soir, comme ils revenaient du robot.

Zénon, le couvre-feu sonné, rencontra, dans la rue du village, une centaine d'hommes qui conduisaient au milieu d'eux Azaria éplorée, vêtue seulement d'une chemise, les pieds nus, une couronne de paille sur ses cheveux dénoués. Rouge de honte, le visage caché dans ses mains, la pénitente marchait sous les huées de la foule, tandis que, sourds aux supplications de sa grand'mère, les enfants lui jetaient de la boue et les femmes la poussaient en avant à coups de bâton; les hommes cependant chantaient des couplets satiriques plus injurieux que tout le reste.

III

La voix de Zénon arrêta le cortége.

—Que faites-vous? criait cette voix claire et vibrante, qui domina soudain tout le tumulte; de même éclate une trompette au-dessus des bruits de la bataille.

—Le peuple va juger! crièrent vingt hommes ensemble.

—Juger qui?

La vieille Patrowna se fit place jusqu'à lui et répondit:

—Une pauvre fille séduite. Protége-nous, Paschal!.. Dieu t'envoie...