—A l'eau, la sorcière! hurlèrent quelques enragés.
Et deux jeunes garçons saisirent la malheureuse aïeule. Mordicaï Parchen, qui s'était tenu derrière les larges épaules de Zénon, fut si effrayé qu'il grimpa au faîte de l'arbre le plus proche avec la vitesse d'un écureuil.
—Assez! dit Zénon; on ne noiera personne, et il n'y aura pas de jugement.
—Homme, fit un vieillard, qui es-tu pour t'opposer à la commune?
—Et qui êtes-vous, répliqua Zénon, pour oser juger cette faible créature? Êtes-vous des anges, des saints? Aucun de vous n'a-t-il violé les devoirs sacrés du mariage? Bien des femmes peut-être, parmi celles qui sont ici à insulter leur soeur tombée, ne résisteraient pas à quelques rangs de corail, le cas échéant.
Un homme de grande taille, le bonnet militaire sur la tête, se jeta sur Zénon, mais au moment même un vieillard à barbe blanche vint au secours de celui-ci: c'était le mendiant qu'il avait arraché aux jolies griffes de Pani Witolowska. De son côté, Mordicaï criait à tue-tête du haut de son arbre:
—Au secours! au secours! ne le touchez pas!
Zénon avait abattu son adversaire d'un coup de poing; le bâton à la main, il tenait la foule en respect, couvrant Azaria de son corps. Tout à coup, il arracha la couronne de paille qui cachait les cheveux de la coupable, et la jetant aux pieds des juges:
—Que celui d'entre vous qui se croit le droit de condamner cette femme avance d'un pas, et je le tuerai comme un blasphémateur... Le Christ n'est pas mort pour les bons, mais pour les pécheurs, et quiconque est sorti du sein de la femme est un pécheur. Rentrez en vous-mêmes, humiliez-vous, ne tentez pas Dieu, qui a défendu la haine et prescrit la charité.
Ces paroles retentirent au milieu d'un profond silence, puis plusieurs voix s'élevèrent: