—C'est notre jeune comtesse, dit un vieux paysan.
—Quoi! la femme du comte? demanda Zénon avec une vivacité, un sentiment de crainte dont il fut effrayé lui-même.
—Non, c'est sa fille.
Cette réponse fut douce à son oreille comme de la musique.
La promeneuse, de son côté, pensait à ce faucheur de haute taille, d'une physionomie à la fois intrépide et mélancolique; rentrée au château, elle pensa encore à lui: elle le revoyait dans le livre qu'elle lisait, à travers les fleurs qu'elle brodait; les hommages de son cousin Pan Joachim Bochenski lui devenaient insupportables.
—Que me rappelle donc cette figure? se demandait-elle.
Une sorte de souvenir vague et persistant la tourmentait. Tout à coup, elle se rappela que, sous les mêmes traits, elle s'était dans ses prières représenté Jésus. La nuit, elle s'éveilla en pleurant. C'était peut-être à l'heure où Zénon, assis sur un banc dans le jardin, prêtait l'oreille au bruit des fontaines et au chant du rossignol, les yeux attachés sur la fenêtre de la comtesse Marie.
Le lendemain, elle retourna dans les blés. Cette fois, Zénon osa la saluer et même lui offrir un bouquet de fleurs des champs qu'elle entremêla aux tresses de sa chevelure.
—Quel est ton nom? lui demanda-t-elle d'un air de dignité paisible.
—Paschal. Et le vôtre, ma gracieuse demoiselle?