Le jeune homme tordit ses favoris noirs.

—Ce n'est pas facile, chère tante. J'ai presque peur devant Marie-Casimire. Cette enfant de seize ans est une énigme: si froide et parlant si peu! Comment entamer la conversation? Hier, je lui fais compliment de sa toilette: elle me met dans la main un volume de Humboldt. Quand elle sera ma femme, elle m'imposera de lire toute la bibliothèque, je gage.

Il descendit dans la cour, siffla un homme qui se trouvait là, comme on siffle un chien, et prit avec cet homme le chemin de la cabane de Patrowna.

—Tu vas rendre visite à ton Azaria? dit en riant le compagnon de Pan Joachim, un petit être chétif, à la mine cynique.

—Point de plaisanteries, Popiel! répliqua Pan Joachim, redressant sa haute taille.—Il avait bien six pieds, ce qui, joint aux lignes régulières de son profil grec, lui donnait l'air imposant.—Réfléchis donc à ce que tu es pour oser ricaner ainsi! Un plébéien d'abord, un étudiant qui jamais n'est arrivé à la fin de ses études, un vil paresseux que je suis seul à protéger!

—Mon Dieu, je pensais que...

—Tu n'as rien à penser sur mon compte. J'ai bien autre chose en tête, ma foi! que cette drôlesse. Je prétends payer mes dettes.

Popiel, intrigué, le regarda entre ses paupières rouges et gonflées.

—Tu as peut-être entendu dire qu'un roi de Hongrie, poursuivi par l'ennemi, s'est un jour réfugié en Pologne et qu'il habitait ce château? Dans le voisinage, il a dû enterrer ses trésors. La vieille Patrowna le sait, et je les découvrirai avec son aide.

—Des contes à dormir debout! murmura Popiel en passant dans ses cheveux fades et clair-semés un peigne qui n'avait plus que deux dents.