Marie-Casimire se leva, prit une faucille et se mit à couper du blé auprès de Zénon.

—Tu vois, dit-elle avec un sourire, tandis qu'il contemplait ravi les lignes sveltes de sa taille élégante, auxquelles le mouvement de la faucille ajoutait de nouvelles séductions, tu vois, j'en viens à bout, moi aussi.

Une gouvernante parut, tout en nage et courroucée. Après quelques réprimandes, elle emmena son élève, et depuis lors Marie-Casimire ne vint plus dans les blés. Pour la revoir, il fallait que Zénon fermât les yeux durant les nuits qu'il passait à rêver assis sur la lisière des bois. Ce fut dans cette attitude que le retrouva Mordicaï, qui avait passé tout le temps de la moisson à parcourir les environs en achetant aux paysans des peaux de bêtes et du blé. Le vieux juif secoua la tête et prit place à ses côtés, sans souffler mot. La brise glissait doucement au-dessus des hautes branches; un bruit d'ailes, un frisson dans le feuillage avertissait les deux amis qu'un oiseau s'était effarouché, qu'un chevreuil endormi avait dressé l'oreille. Mille vers luisants brillaient sous les buissons humides.

—Qu'avez-vous? demanda enfin le vieux faktor.

—As-tu vu la jeune comtesse? répondit Zénon en ouvrant les yeux. Elle est belle comme un ange.

Mordicaï ouvrit les yeux à son tour, mais ce fut de surprise.

—Savez-vous, dit-il, ce que nous lisons dans le Talmud: «Ne tiens pas compte du luxe de la cruche, mais vois s'il y a dedans du bon vin ou de l'eau claire.»

Zénon approuva de la tête.

—Aussi ai-je regardé au plus profond de son âme. Ce n'est pas une femme, c'est une étoile ravie au ciel, te dis-je!

Mordicaï prit sa tête à deux mains.