Et Pan Joachim prit assez gaiement son parti de cet arrêt, car, le jour même, il se grisa en compagnie de Popiel et se livra ensuite à ces plaisanteries polonaises qui, selon le proverbe, finissent avec le médecin, le curé et le fossoyeur. Par exemple, il fit monter sur un arbre un pauvre petit juif et lui enjoignit de crier: «Coucou!» pour avoir le prétexte de tirer sur ce misérable comme sur un simple oiselet. Si Zénon ne fût passé par là, le coup partait, et l'ivrogne devenait sans le moindre remords un meurtrier. Hardiment, le défenseur de l'innocence arracha le fusil au jeune gentilhomme et déchargea l'arme en disant:

—Aux enfants et aux gens pris de vin, ne donnez jamais un fusil.

—Moi, pris de vin! s'écria Pan Joachim écumant de rage; tu oses me dire à moi que je suis ivre!

—Vous l'êtes, répliqua Zénon.

—Chien! hurla le Polonais en reprenant le fusil que Zénon avait jeté dans l'herbe, pour le frapper d'un coup de crosse sur la tête.

Mais aussitôt il se sentit étreint par le poignet d'un géant.

—Tiens! lui dit Zénon en le renversant, reçois la récompense de ta conduite envers Azaria; reste là dans la fange. C'est ta place.

Bien entendu, Pan Joachim se releva pour aller demander vengeance à son oncle, le comte Dolkonski, mais la scène avait eu des témoins qui déposèrent contre le Polonais. Grand fut l'ennui du comte, qui redoutait par-dessus tout les agitations, de quelque genre qu'elles fussent. C'était un petit homme maigre, à figure d'oiseau, avec un énorme toupet, le visage entièrement rasé, le teint couleur de cuir, et toujours vêtu à la dernière mode française.

—Mon Dieu! ne cessait-il de répéter, qu'on m'épargne tout ce bruit!

Néanmoins, il fit sommer Zénon de comparaître. La comtesse Dolkonska et Marie-Casimire étaient dans le salon quand l'accusé se présenta. Tournant son lorgnon vers lui: