Mais Zénon ne se laissa pas intimider.
—Toutes les communes, déclara-t-il, ont, selon la loi, satisfait au robot. Nul paysan ne travaillera donc davantage.
—On les forcera bien, s'écria le mandataire, se levant furieux.
—Prenez garde qu'on ne vous force vous-même! répliqua Zénon.
Et il se retira majestueusement avec les juges.
Les paysans agirent selon les déclarations de Zénon, et le mandataire, de son côté, réalisa ses menaces. Dès le lendemain, il fit irruption, à la tête des heiduques et des cosaques de la seigneurie, dans le village de Tchernovogrod, et les travailleurs furent chassés à coups de fouet de leurs champs sur ceux du seigneur. Mais tout était prévu: le tocsin sonna aussitôt dans les divers villages, et une armée de paysans munis de faux et de fléaux marcha sur le château, dont les portes furent aussitôt fermées. Précaution vaine: Zénon avait déjà envahi le jardin et pénétré dans la cour avec un corps considérable. A ses côtés marchait machinalement Mordicaï le poltron, pâle comme la mort.
Le mandataire, d'abord effrayé par cette apparition inattendue, reprit vite sa présence d'esprit; il cria aux assaillants:
—Arrière, rebelles, ou je fais tirer sur vous!
Zénon, sans lui répondre, enleva les barres des portes, et la masse des paysans se précipita dans le château.
—Tirez! commanda le mandataire, s'adressant aux heiduques, et, comme ceux-ci ne bougeaient pas, il braqua lui-même son fusil sur Zénon.